L'imaginaire métropolitain de Hugh Ferriss : New York, 1916-1962

Résumé : En 1916, la municipalité du Greater New York édicte sa première Zoning Law. Face à l’hystérie immobilière qui domine l’île de Manhattan, la nouvelle loi est destinée à rationaliser la course aux hauteurs et à l’hyperdensification. Confrontés à une situation inédite de croissance, conjuguée à l’accélération des mobilités et à une congestion marquée, les architectes s’associent aux débats et matérialisent la loi en imaginant les formes architecturales à même d’incarner ses règles. Visionnaires, ils vont aussi observer l’ampleur des mutations urbaines et des opportunités à saisir. Dans cette exploration, les architectes projettent l’agrandissement de la ville et l’amplification de ses apories, provoquant la transformation de ses composants : les blocks deviennent superblocks, les voies de circulation se distendent, les hauteurs sont déployées, l’intensité des programmes est démultipliée. Exacerbant la congestion de l’hypercentre, ce mouvement trouvera vite ses détracteurs, en particulier les tenants du mouvement régionaliste, incarné par Lewis Mumford et la Regional Plan Association of America, qui prônent un desserrement de l’espace urbain à l’échelle de la région, favorisé en cela par les techniques de déplacement, celles-là même qui pour les métropolitanistes, justifient la transformation densifiée de l’épicentre de la ville. Face au régionalisme, le manhattanisme, théorisé par Rem Koolhaas dans son New York Délire, s’invente, porté par des figures majeures de la scène new yorkaise, au rang desquelles l’on trouve Harvey Corbett, Raymond Hood et Hugh Ferriss, architecte mais surtout grand perspectiviste, qui officie pour les plus grandes agences d’architecture de la ville, et va progressivement élaborer une théorie dessinée de la métropole du XXè siècle. L’engagement du tournant métropolitain à New York peut se comprendre au travers de l’œuvre foisonnante que Hugh Ferriss a produite depuis les premières esquisses de la Zoning Law, jusqu’à ses derniers travaux. Le socle visuel et textuel sur lequel nous nous appuyons dans cet essai offre un éclairage sur la transformation dont fait l’objet la métropole New Yorkaise, de la mutation de Manhattan au déploiement de la suburbia à l’échelle des deux états qui composent l’aire métropolitaine, en passant pas les réalisations massives des infrastructures, ouvrages d’art, parkways, aéroports, qui feront la fierté de la Port of New York Authority, dont la création remonte en 1922. Témoin et acteur, l’artiste observe et représente, projette, transforme, et contribue à l’édification du paysage d’une ville. Il scrute le futur des villes et travaille sa représentation. L’oeuvre de Ferriss est plus que présente aujourd’hui. Au-delà des rétrospectives qui lui ont été consacrées, l’actualité New Yorkaise continue d’interroger les mêmes questions et dispositifs de l’urbanisme New Yorkais, que Ferriss explorait : la Zoning law, la rationalisation de l’hypercentre, l’aménagement de la périphérie, la consolidation de grandes structures métropolitaines. L’héritage et la fortune des idées ferrissiennes, témoignent de la portée de son imaginaire. D’ailleurs, la métropole n’est-elle pas une construction imaginaire ? Sa réalité est autant le fruit des représentations qui en ont été projetées, que le résultat des phénomènes qui les affectent.
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Marnes - Documents d'architecture, 2016, pp.191-237
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Contributeur : Nathalie Roseau <>
Soumis le : dimanche 27 novembre 2016 - 15:22:54
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Nathalie Roseau. L'imaginaire métropolitain de Hugh Ferriss : New York, 1916-1962. Marnes - Documents d'architecture, 2016, pp.191-237. 〈hal-01403751〉

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